Rêve mortel
Il est pâle, écroulé au coin de deux rues,
Les yeux cerclés d'une ombre sanguine,
Les jambes repliées, la main tendue,
Au creux du bras la poudre clandestine,
La blanche qui étoile sa tête bancale,
Neige qui s'éternise sur sa peau glacée.
Elle l'enlise dans son marais infernal
Où glissent les rebelles, plongent les désaxés,
Ceux qui ont peur des autres et d'eux-mêmes,
Des nuits trop courtes ou trop éclairées,
Ceux à qui on ne dit plus je t'aime,
Qui se chauffent au briquet et se font rêver
Se nourrissant de leur angoisse secrète,
De seringues rougies qui servent et que l'on jette
Pour un jour cesser de respirer.
Iso Bastier
Mars 1990