mercredi 7 octobre 1998
D'en haut
D'en haut
Dire que j'avais oublié
Le goût de l'humain
La sensibilité
Qu'on trouve dans le vin
Et cette ivresse intense
Due à l'imprévisible
Lorsque l'on se devance
Qu'on se rend invisible
J'ai retrouvé un corps
Et le don inavouable
De m'en faire un décor
Une frontière inviolable
Mais toujours je regarde
Comme vu d'en haut
D'où je monte la garde
Malgré quelques défauts
Des approximations
Des failles dans la cuirasse
Des interrogations
Des détails dans la glace
Je me laisse approcher
Mais dès que l'on essaie
De trop m'apprivoiser
Je recule à regret
Ce quelque chose en moi
Me rappelle tout de même
Qu'un jour, il est une fois
J'ai pleuré pour qu'on m'aime
Et que tout m'a semblé
Là, prendre de la distance
Je me suis détachée
J'étais même en partance
J'ai regardé d'en haut
Tout paraissait bizarre
Tout est limpide et beau
À quoi sert le hasard ?
J'ai retrouvé l'humain
Et le goût du silence
Je travaille de mes mains
Pour oublier l'absence
Je vois venir les choses
Je les laisse venir
Parfois je m'interpose
Pour ne pas trop souffrir
J'apprends à accepter
Presque autant qu'à sourire
Pour me laisser aimer
Sans trop appartenir
7/10/98
jeudi 7 août 1997
Les robots
Les robots
Je ne sais pas si mon cœur
Peut encore me surprendre
Il se moque des heures
Mais il cherche à comprendre
Pourquoi ce qui prend vie
Va si vite à mourir ?
Pourquoi certains s'ennuient ?
Que d'autres vont courir ?
Pour trouver la beauté
Il faut croire au meilleur
Rechercher la pureté
Rester toujours songeur
Regardez dans les yeux
Les foules qui s'égarent
Sans plaisir, sans jeu
Et sans trop de mémoire
Mais où vont-elles
De ce pas robotique ?
La vie trop matérielle
Condamne le mystique
On leur a tout volé
À ces beaux anonymes
La joie, la volonté
Et l'espoir des cimes
Ils n'ont plus qu'à trimer
Pour se voir disparaître
Jamais récompensés
Ils n'auront qu'à renaître
Sur les cendres d'un rien
Qu'on a semé pour eux
Vagues reflets d'humains
Aux confins mystérieux
En se laissant porter
Ils font vivre les nations
Ils savent supporter
Sans poser de questions
Ils veulent être dociles
Pour pouvoir dormir
Quelque part dans la ville
Lorsque celle-ci respire
Ils ne savent plus rêver
Ne s'évadent jamais
Souvent tranquillisés
Des hordes de cachets
Et de vins sans ivresse
Juste par habitude
Pour calmer trop de stress
Fuir les incertitudes
Regardez ces enfants
Aux cernes trop réels
Fatigués et distants
Où luisent leurs étincelles ?
Ils pensent à un voyage
D'où l'on ne revient pas
Saturés de sons et d'images
Ils nourrissent les mafias
La clarté de leurs vies
Se terre loin de tout
Au fin fond de la nuit
Ils dansent à genoux
Sur des rythmes binaires
Qui collent leurs esprits
Comme un pas militaire
Qui comble leur dépit
Je ne sais pas si mon cœur
Peut encore me surprendre
Il est libre mais ailleurs
Trop pour vous entreprendre
Iso Bastier
7/08/1997
lundi 28 juillet 1997
Tatouage
Tatouage
Sais-tu ce que veut dire
Cette peau colorée
Qui te trouble, qui t'attire
Qui te fait voyager ?
Cette peau t'interroge
Par son éloquence
Elle qui ne déroge
Au jeu des apparences
On a un peu souffert
Pour la laisser parler
Et puis on s'est offert
On s'est laissé aller
Au pays des songes
Et de la vanité
On masque les mensonges
On dépeint les vérités
Sais-tu ce que veut dire
Cette encre sous la peau ?
Elle ancre le navire
Elle s'écrit au couteau
Elle vient de l'intérieur
De douleur et d'extase
Elle se veut le curseur
Corps et âme en phase
Elle révèle le cœur
Tout en étant l'habit
La liberté l'effleure
Tel un tissu la nuit
Tatouage, la parure
Du monde des pensées
Tatouage, l'armure
Des corps exposés
Tatouée que je suis
Impudique et me voilà
Nue pour toute la vie
Tatouée jusqu'au trépas
Iso Bastier
28/07/1997
jeudi 27 avril 1995
La mère guerrière
mercredi 25 janvier 1995
LE CIEL NOIR
Il a plu dans ses yeux
De gros nuages sombres
Qui venaient de très loin
De ces jours plus heureux
Dont on compte le nombre
En y pensant c’était bien
La pluie venait des toits
Pour claquer sa fenêtre
Et faire venir la nuit
Darling a un peu froid
Elle commence à renaître
Mais il y a tout ce bruit
Était-ce ce bel orage
Qui grondait dans sa tête
Ou le flot des regrets
Des saveurs, des images
Que sa mémoire arrête
Souvenirs en reflets
C’est une saison humide
Faite d’un ciel sourd et bas
Qui se penche sur nous
Un ciel noir et liquide
Qui ouvre grand les bras
Sur la ville trop floue
Il avait un visage
Qui vieillissait sans cesse
Et qui se reculait
Darling, quel est son âge ?
Celui de la sagesse
Ou celui des méfaits ?
Je le connais aussi
Mais j’ai mis trop longtemps
À pouvoir le comprendre
Voir même lorsqu’il sourit
Ce qu’il a de méchant
Ce qu’il voudrait nous vendre
Il a plu dans mes yeux
Ce qui venait des tiens
De tes nuits sans sommeil
Lui n’est pas malheureux
Il n’y a qu’à lui qu’il tient
Plus rien ne l’émerveille
Comment te parlait-il ?
Et quels étaient ses mots ?
Montrait-il sa tendresse ?
Était-il plus fragile
Lorsqu’il touchait ta peau ?
Savait-il les caresses ?
Il est parti d’un coup
Et je n’ai plus que toi
Pour parler au silence
Moi, je t’aime beaucoup
Je l’aurais dit une fois
Sans remords, sans méfiance
Viendras-tu le chercher
Lorsqu’il s’endormira
La tête dans la terre ?
Il l’a tant espéré
En te parlant tout bas
Loin de ton cimetière
La pluie viendra je sais
Du plus profond de moi
Pour couler dans vos mains
Le vent sera trop frais
Pour que je n'aie pas froid
Malgré mes lendemains
Alors je parlerai
Aux secrets qui défilent
Au rythme des saisons
Et je me souviendrai
Des instants difficiles
Des pertes de raison
Aussi d’une promesse
Qu’il m’aurait faite un jour
Comme en tirant au sort
« Toi tu as la jeunesse
Moi je n’ai plus d’amour
Notre lien, c’est la mort »
Darling, j’ai pris ton nom
Lorsqu’il me l’a offert
Comme un bijou précieux
Je te demande pardon
D’avoir été en guerre
Oui, c’était prétentieux
Tu peux dormir tranquille
Pour la première fois
Je viendrai te bercer
Que tes songes s’éparpillent
Et viennent couvrir les toits
Comme pour nous protéger
Iso Bastier
25/01/95
jeudi 19 janvier 1995
ENCORE
Depuis son néant de glace
À ce qu’est devenue sa vie
Habitudes et angoisses
Aux confins de l’obscurité
Surtout lorsqu’il s’endort
Pas trop accompagné
À se montrer humain
Mais ses yeux restent froids
Silencieux et hautains
Écouter calmement
Tous ces moindres discours
Jusqu’au point où il ment
De ce qui a été
Il a trouvé un ange
Qui vient le surveiller
Qui se nomment solitude
Près de lui sans chaleur
Que son exactitude
Mais sans jamais la voir
Elle restera l’enfant
Qui n’a plus peur du noir
Qu’il ne fait que survivre
Qu’il ne fait que blesser
Et perdre l’équilibre
Mais sans trop de courage
Fait tout pour se détruire
Fait de lui un orage
Elle boude encore un peu
À croire qu’il fait exprès
Qu’il a peur d’être vieux
Elle ne fait que passer
Elle a déjà tout vu
Et déjà tout goûté
Aux silences et au vent
À la chair de sa main
Et au vide qu’il tend
mercredi 18 janvier 1995
LES CAILLOUX
LES CAILLOUX (Darling IV)
Iso Bastier
18/01/95
lundi 16 janvier 1995
TRAHIR
TRAHIR (Darling v)
Par ses intenses limites et ses frontières
Qui fait d’un homme l’animal méprisable
Darling dit qu’attendre c’est périr
vendredi 13 janvier 1995
LES AILES
LES AILES (Darling III)
Darling ment par dépit
Pour mettre du ciel bleu
Dans le gris de la vie
Qui ouvre grand les yeux
Elle sait que ses mensonges
Ont gardé l’innocence
De cet enfant qui songe
Dans son lit de romance
Peu importe ce qu’en pensent
Les plus fieffés joueurs
À chacun ses souffrances
Et son goût du bonheur
Elle se crée des répits
En rêvant haut et fort
Repos dans l’insomnie
À songer qu’elle s’endort
Le jour n’est pas si loin
La lune n’est plus si pleine
Et le voilà qui point
Et la voilà qui peine
Darling ment par plaisir
Aussi par habitude
À quoi sert l’avenir
S’il n’est qu’exactitude ?
On se sent si seul
Sans inventer l’ami
La main sure ou l’aïeul
Qui conseille et survit
Elle lui parle en silence
Le regard dans le vide
Elle ment même à l’absence
À l’envie du suicide
Elle invente l’oiseau
Qui frôle sa fenêtre
Et lui dit : « il fait beau
C’est un jour pour renaître
Viens suis-moi vers ailleurs
Il est temps que tu voles
Ne regarde pas l’heure
Ne pense plus au sol »
Elle monte en équilibre
Sur le rebord plat
« Si je saute, je suis libre
Je verrai bien en bas
Les anges ont bien des ailes
Je dois pouvoir voler
La vie est infidèle
La mort est sa moitié »
Iso Bastier
13/01/95
jeudi 12 janvier 1995
DARLING CROIT
DARLING CROIT (II)
Darling croit aux anges
Qui aiment s’égorger entre eux
Qu’aucune loi ne dérange
Qui n’ont ni cœur, ni Dieu
Darling croit aux prières
Lorsqu’elles ne servent à rien
Qu’à bénir le mystère
Des gens trop quotidiens
Darling croit aux silences
Qui parlent à son oreille
Lui font des confidences
Lorsqu’elle joue et qu’elle veille
Darling croit aux amours
Qui passent entre les heures
Et qui vivent toujours
Aux secondes qui meurent
Darling croit tout changer
Jusqu’au plus immuable
Elle sait se transformer
Et c’est indubitable
Darling croit tout possible
Avec le cœur, le fer
Si elle perd l’équilibre
Elle touche un peu l’enfer
Darling croit trop rêver
Le bonheur est si vain
Mieux vaut l’imaginer
Pour l’avoir sous la main
Darling croit les regrets
Plus sains que l’amertume
Les souvenirs sont faits
De secrets et de plumes
Darling croit tout savoir
Sur la vie des plus forts
Ils ont les yeux si noirs
Qu’on n'y voit que de l’or
Darling croit que la mort
C’est pour recommencer
En faisant moins d’efforts
Que dans la vie passée
Darling croit aux ailleurs
Qui montrent le chemin
Il faut vaincre la peur
Il faut croire au destin
Iso Bastier
12/01/95
DARLING
Elle a tourné Darling
Sur la sellette en vinyle
De l’obscure machine
Des âmes vicieuses et viles
Elle a pleuré Darling
Pour un amour sans pudeur
Dont elle pensait être digne
Elle a fait trop d’erreurs
Elle a erré Darling
Durant des nuits entières
À prendre des aspirines
À se coucher par terre
Elle s’est battue Darling
Contre les indifférences
Elle est tombée du ring
Sans faire sa révérence
Elle s’est déçue Darling
Tout en baissant les bras
Elle était moins maligne
Que les loups et les rats
Elle était pure Darling
Et elle croyait aux hommes
Aux ruisseaux, aux collines
Et aux versions péplums
Pauvre petite Darling
Qui a perdu son nom
Jusqu'à ses origines
Pour de méchants garçons
Elle a saigné Darling
Comme d’autres avant elle
Mortes et il l’extermine
Un fusil à gros sel
Elle a plongé Darling
Sans apprendre à nager
Une mer d’hémoglobine
Aux radeaux de papier
Elle s’est noyée Darling
Dans un flot d’amertume
En restant anodine
Corps parmi les écumes









