mardi 3 mai 2005

Lulu

"Rue des ramendeuses" -  Acrylique - [40 X 40] - Iso Bastier



LULU

Je retourne dès que je le veux
Dans la maison aux volets bleus
Construite sur la côte sauvage.
J’y vais en rêve comme à la nage.

Je replonge dans tes yeux doux
Perdus dans la lande, ce regard flou,
Masque aux expressions tendres,
Ce regard qui sait entendre.

Je longe le mur en pierres du pays.
Tu portes ton vieux tablier gris.
Nous progressons vers l’océan
Cherchant à goûter le sens du vent.

Rien ne peut arriver, qu’en hâte,
Au loin, des bateaux en régate.
Le ciel bleu est serein, le tableau
Ne prend pas encore l’eau.

Du Port Maria on aperçoit Belle-Île.
Clignotent les lueurs de la ville
Entre les mailles d’un filet de pêche.
Les phares lancent des flèches.

Je m’en retourne sans dire adieu.
Je reviens ici quand je veux.
Me suffit de penser à toi, aux étoiles
Et je vis à nouveau ce temps idéal.



03/05/05

jeudi 1 mai 2003

L’abstrait

"Personal cosmos" - Huile - [55 X 38] - Iso Bastier


L’abstrait

Tu es imprégné de ton passé
Au point que tout accélère.
Plus tu avances sur le sentier
Qui te mène à la lumière
Plus le monde te panique.
Ton rythme se décale.
Ton cœur joue une autre musique
Confuse dans ce dédale.
Tu es l’arbre qui patient
Se tient près de l’horizon.
Tu connais le prix du vivant
Au contact des froids frissons.
Tu n’acceptes enfin l’hiver
Qu’ayant protégé les moissons,
Dans l’œil une aura printanière.
Tu t’offres au vide de la passion.
Tu comprends mieux les oiseaux
Et leurs voyages étranges.
Tant attaché à ton berceau,
Tu regardes passer les anges.
Ton esprit d’insectes géants
Se calme sur les herbes folles,
Il ondule au gré des vents
Tel un tissu qui s’envole.
Tu veux le goût du soleil
A jamais mémorisé.
Un amour bleu dans une corbeille
Nature morte ressuscitée.
Posé contre la terre humide
Ton corps baigné par la rosée
T’offre les souvenirs avides
Des chaleurs qu’il a partagées.
Tu te sens soudain papillon.
Tu te sens soudain captivé.
Le partout devient ta maison,
Là meurt ta complexité.
Tu te détaches de la souffrance
Dès lors que tu vaincs la peur
Comme tu te dépasses dans l’enfance
Pour devenir encore meilleur.
Tu n’es que toi dans l’inconnu,
C’est à toi que tu fais face.
Tu décides l’instant venu
De tout ce qui se passe.
Tu rends grâce à la forêt,
Tu vibres en t’éloignant,
Nostalgique mais sans regret,
Jusqu’à te fondre dans l’abstrait
Dans les couleurs du temps.


Iso Bastier
1 mai 2003



samedi 19 avril 2003

Sosie

 


"Duo" - Encre - Iso Bastier


Sosie


L’époque de la lumière

Est révolue.

On garde les pieds sur terre,

On évolue

Mais le ciel s’est fermé.


Tu conserves un éclair

Dans ton œil

Toujours très grand ouvert,

Un brin d’orgueil,

Fierté de ton entier.


L’inconscience en mémoire,

L’instinct en guide, 

Tu marches dans le noir

Dans ta nuit qui se ride

En quête de toi-même.


Tu déchiffres un espoir

Tel un beau hiéroglyphe

Car ton cœur croit savoir

Ce qu’a connu Sisyphe,

Ce que les pierres entraînent.


Le goût de la puissance

Se tarit dès la source,

Le génie de l’enfance

Se vide telle une bourse,

L’or enfoui par le temps.


Quoiqu’il en soit tu avances,

Tu te bats comme un ours.

La vie te donne un sens,

Des épreuves, des ressources,

L’âme vivante du sang.


Tu sers un équilibre

En le cherchant sans cesse.

Tu songes à être libre.

Tu subis tes faiblesses.

Il t’est offert de douter.


Dans l’univers vibrant

Le monde est en détresse.

Qu’advient-il du vivant ?

La Terre n’est qu’une adresse

Avant d’y être enterré.


Les atomes de la poussière

Sont gris,

Autant de noir que de clair,

De l’infini.

Ils ont la couleur du silence.


Tu es ton ombre familière,

Ton seul ami,

Ta vague venue de l’amer,

Ton sosie.



19 04 2003

Iso Bastier


mardi 18 mars 2003

Sait-on pourquoi ?


"Alien soul" - Huile - [55 X 38] - ISO Bastier



Sait-on pourquoi ?

Sait-on jamais lorsqu’on revient ?
La route est longue et périlleuse
Personne ne maîtrise son destin
L’époque n’est guère chaleureuse.

La fourberie de l’insécurité
L’urbanisme contre la planète
Des humains froids, robotisés,
Des machines smart et coquettes,

Des enfants cernés et tristes,
Des adolescents abandonnés
Aux influences destructrices
D’adultes inquiets et pressés.

Les souffrances du passé,
Les angoisses du moment.
L’avenir ? Comment y songer ?
Pas même en rêvant.

Consomme pour être consommé.
Achète. Vends-toi et oublie.
La flamme fait se consumer
Puis souffler ses bougies.

Sait-on pourquoi l’on part ?
Pourquoi le chemin se trace
Dès que l’on naît quelquepart,
Là, dans tout cet espace ?

L’arôme piquant de l’horizon
Tendu telle une flèche,
Donne l’espoir d’une moisson.
Assez des récoltes sèches !

En quête de nouvelles contrées,
Enquête sur les têtes et les crêtes,
Conquête des cœurs rencontrés
Pour trouver son âme secrète.

Courir pour se rattraper.
Se presser pour perdre son temps.
Nous ne cessons d’évoluer
De renaissances en néants.




Iso Bastier
18/03/03







mardi 25 décembre 2001

Le pays rêvé

"Sa place au soleil"  - Huile - Iso Bastier



Le pays rêvé


Quand la porte s’est ouverte
J’ai cru être le bienvenu,

Mais ce pays reste inconnu.

J’ai caressé les herbes vertes,
Aussi les rouges et les grenues,

Les plantes n’ont jamais assez bu.

J’avais le cœur en découverte
D’un monde en sous-entendu.

Certains m’auraient bien attendu…

J’ai suivi le flux à l’index,
La masse ne m’a pas reconnu.

Moi qui pensais être l’élu.

Pour un sourire l’on se vexe.
Un mot est un malentendu.

Pour un rien l’ambiance est tendue.

Les humains perclus de complexes
Sur cette terre se sont perdus.

Trouver un chemin telle une issue.

Quand la porte s’est recouverte
De ronces, j’ai survécu.
J’ai mis l’amertume à nu.

J’ai rencontré des âmes alertes
D’humeurs rouges ou saugrenues,

Des parleurs aux langues distendues.

J’avais les mains ouvertes,
Evidemment, si j’avais su

Que la lassitude rend ingénu.

J’ai tant rêvé ce pays de cocagne,
Ce refuge de bonnes intentions !

J’aurais dû faire plus attention.

Trop de vocalises politiques
Pour ceux qui croient au Père Noël.

Je me sentais pousser des ailes.

Je construirai ce lieu de tolérance,
En jardinant mon patio intime.

Ce millénaire sera mon millésime.

Il existe des gens bien,
Ceux dont on ne parle pas,

Les généreux, les tendres, les sympas,

Ceux qui cultivent le jour,
Ceux qui cogitent la nuit,

Ceux qui ont conservé l’envie.

Ces gens qui n’ont pas de pays,
Qui progressent comme on se promène,

Tous ceux qui remercient la vie.
Tous ceux qu’un idéal entraîne.



25/12/2001
Iso Bastier

mercredi 19 décembre 2001

Cohésion




Cohésion

Nous sommes semblables.
Pourtant mon univers
Te serait insupportable.
Le tien reste un mystère…

Nous sommes terribles
A nous dévisager.
Envisager la cible
Pour mieux s’en libérer.

La route est longue
De toi à moi.
Pupilles oblongues.
Suffirait un pas.

Quête de la différence.
Etre fort face au monde
Qui rejette sa méfiance
Dans nos têtes fécondes.

Goût des similitudes.
Naissance de désirs
Rongés de solitude
Qui cherchent à sortir.

Cérémonie cérébrale.
Puis un premier contact.
Réveil de l’animal
Qui a appris le tact.

Communions et langages
Des peaux et des regards
Qui imposent leurs gages,
Influences et hasards.

A contretemps des sentiments
Les sensations se communiquent
Comme pour relier les gens
Si communs dans l’unique.

Leçons à prendre des saisons,
De l’immuable bonté en nous :
La Vie. La seule mère nation.
Le combat qui vaille le coup.



Iso Bastier
19 /12/2001




samedi 2 décembre 2000

Ta voie

 


"L'étoile"- Encre Indienne - [40X50] - Iso Bastier



Ta voie

 

Ne sois pas dans le vague,

Assez de ce silence,

Finis les coups de dagues,

Désormais on avance.

 

On prend sur soi de mûrir

Comme on apprend à marcher.

Au début il faut se garantir

Pour ensuite galoper.

 

Ne pas craindre de naître,

Préserver les jolis bonheurs

Qui accoutument au bien-être,

Tout en méprisant les leurres.

 

Il faut se comprendre

Pour paver son chemin.

Aux évidences se rendre

Et se prendre en main.

 

Peux-tu te faire confiance ?

Compter sur ton jugement ?

Ton instinct ? Tes déviances ?

Tes songes et tes serments ?

 

Où vont tes racines vivantes ?

Quel est ce monde que tu es ?

Qu'importe que tu te vantes

Si tu sais ce que tu fais.

 

Ne reste pas indécis,

C'est une errance profonde.

Écoute de ton cœur les bruits,

Ces palpitations fécondes.

 

Tu es cet arbre dans la forêt

Jouant dans les reflets du ciel,

Qui suce la force des engrais

De sa terre maternelle.

 

Ton énergie n'est pas vaine,

Elle construit au-delà de toi,

Du moins si elle est saine,

Si ta tête a un toit.

 

Il te faut travailler

Rien n'est gagné d'avance.

Il est si bête de railler

En attendant la Providence !

 

Que vois-tu ? Que veux-tu ?

Où vit ton enthousiasme ?

Tes angoisses ? Ta vertu ?

Et tous leurs pléonasmes.

 

Va te cogner pour avoir mal.

Caresse pour aimer la douceur.

Il y a en nous de l'infernal

Aussi de radiantes couleurs.

 

Trouve ton équilibre,

Ta voie, ton étoile, ta quête.

Sois juste et tu seras libre

Quelles que soient les tempêtes.

 

 

Iso Bastier

2/12/2000

mardi 17 octobre 2000

S'ouvrir

 


"Tiger Lilly" - Huile sur bois - Iso Bastier


S'ouvrir

 

Il est temps de s'ouvrir

Pour pouvoir recevoir.

Temps d'offrir des sourires

Pour qui veut bien les voir.

 

Rayonner doucement,

Plus d'agressivité

Qui fait serrer les dents,

L'harmonie méritée.

 

Il faut vouloir la vie

Pour ne pas la confondre

Avec l'asphyxie,

Peu à peu tu t'effondres.

 

Le temps de s'apprécier,

De connaître la paix.

Enfin se partager

Sans se perdre tout à fait.

 

Assumer sa douceur

Face à la colère qui monte

Mais se battre en vainqueur,

Ne jamais avoir honte.

 

Entre la plume et le vertige

Je vis l'intense paradoxe

D'un corps voué au vestige

Et d'un esprit d'équinoxe.

 

J'écris la main rebelle

Lors de nuits envoûtantes

M'offrant d'autres visuels

Aux pensées plus brillantes.

 

Assise dans la pièce jaune,

Mon chien collé à la jambe,

J'observe les jeux des faunes

Parfois je les enjambe

 

Ils courent, ils s'affolent,

Bruyants dans la masure.

Bougent les lumières lucioles

Où les ombres font démesure.

 

Le petit peuple s'agite,

Me souffle ses inquiétudes.

Je lui offre le gîte,

Notre monde est si rude !

 

Ils ont peu de manière

Quoique le cœur gentil.

Leurs voix sont particulières

Se sont de petits cris.

 

Ils envoient des messages

Dans notre noir de bruits.

Qu'importe qu'ils soient sages,

Ils ont droit à la vie !

 

Par nous trop ignorés,

Ils pensent à la révolte.

Ils aimeraient l'orée

De nouvelles récoltes.

 

Il est temps d'écouter

Les détresses qu'on clame,

Sans les prendre en pitié,

Ni les mettre en réclame.

 

Il est temps de s'ouvrir,

D'éclore au renouveau,

Pour ne pas se mentir

Par amour de l'ego.

 

Rayonner doucement.

Ne plus être excessif.

Aimer être vivant

Pour rester positif.

 

Iso Bastier

17/10/2000

mercredi 20 septembre 2000

Dès l'aube

 



"Origine"- [40X50] - Acrylique - Iso Bastier 


Dès l'aube

 

L'aube se lève devant moi.

Elle m'intime de progresser

M'enveloppant de sa soie,

De sa subtile luminosité.

 

Tel au jour de ma naissance

Où elle m'a ouvert les yeux,

J'étais aveugle quant au sens

Ignorant ce que serait l'enjeu.

 

Elle s'élève avec les oiseaux

Qui fêtent le retour du jour.

Elle scintille sur les cours d'eau

Métallique ou velours.

 

Elle s'adresse au monde

Le ramenant à la vie.

Sa fragilité nous inonde,

Nous sépare de nos nuits.

 

Qu'il fait frais le matin

Pour quelques idées neuves !

Rien n'est vraiment certain.

Nous attendent les épreuves.

 

Quels que soient le climat,

L'humeur et l'avenir,

Notre degré d'anonymat,

Il nous faut revenir.

 

Avancer d'un pas puis deux,

Aller-retour de nos efforts,

Selon la confiance que l'on a

Et ce que l'on tire au sort.

 

L'aurore fait de l'or

Sous l'horizon qui perle.

Le soleil prend son essor

Escorté du chant du merle.

 

L'aube nous renvoie à nous-mêmes.

Elle plante son rayon franc

Au cœur de nos problèmes

Juste au-dessus du flanc.

 

Combien de renaissances

Pour combien d'abandons ?

De retour en puissance ?

Comment se dire pardon ?

 

L'aube se lève encore une fois...

Mécanisme merveilleux !

Ouvre les yeux et vois

Ce que ton âme veut.

 

 

Iso Bastier

20/09/2000


samedi 8 juillet 2000

Mutation

 


"Naissance" - [55X38] - Huile - Iso Bastier 



Mutation

 

S'il suffisait de regarder le ciel

Pour s'élever, se soulever,

S'il nous poussait des ailes

Pour nous apprendre à s'envoler.

 

S'il suffisait d'avoir deux pieds

Pour rendre à la terre ses honneurs,

Se fondre à notre réalité

Pour qu'elle ne soit pas un leurre.

 

J'ai marché sur les chemins

Que mes visions avaient créés

N'y trouvant que des mains

Juste prêtes à frapper.

 

Que de ronces poussent ici,

Dans ce climat presque tropical

Des grandes villes d'asphyxie

Qui passent à l'heure végétale.

 

Les hommes comme les plantes,

Posés dans leurs appartements,

Se laissent pousser, fermentent

D'étranges comportements.

 

Ils en ont oublié le ciel

Qui a nourri quelques espoirs.

Depuis l'enfance artificielle

Ils ont appris à ne plus voir.

 

Ils en ont bafoué la terre.

Cœurs de béton, de ciment.

Serait-ce l'effet de serre ?

Ils dorment en vivant.

 

Dans cette crasse plus qu'animale

Qui ne laisse place à l'illusion,

Les croyances tendent vers le mal,

Les excès et la répression.

 

Tournés vers de futures saisons

Nous régressons pourtant sans fin.

Pensez aux grandes civilisations

Qui connaissent désormais la faim.

 

Nous croyons avoir des réponses

Qui mettent à mort le divin.

Mauvaises herbes et ronces

Ont elles aussi un destin.

 

S'il suffisait de regarder le ciel

Pour se faire un bel horizon !

C'est comme de balancer du sel

En cas d'affreuses prévisions.

 

Il faut avoir les pieds sur terre,

Savoir se servir de ses mains.

Donnant trop foi à la poussière,

Nous ne sommes plus humains.

 

J'ai rencontré des créatures

Qui ignoraient ce qu'elles étaient.

Il y a de toutes les natures,

Il y a de tous les déchets.

 

Nombre de métamorphoses

Peuplent la nuit de nos cités.

J'y ai vu souvent des choses

Qui m'ont fait regretter...

 

D'avoir connu la fange,

Ses galeries, son labyrinthe,

Ces endroits où tout dérange,

De l'horreur et des feintes.

 

Des corps endommagés

À la perdition des esprits

Qui ne sachant plus où s'échouer,

Tournent à l'infini

 

Dans le si peu d'espace

Qu'ils ont pu s'octroyer,

Qu'ils se tiennent en rapaces

Où se laissent noyer.

 

Certains ont vu le ciel

De si près à vrai dire,

Icares intemporels

Je les ai vu mourir.

 

D'autres, amants de la terre

Se sont plantés d'un coup

Souvent dans un cimetière.

Ils auront fait leur trou.

 

Je marche sur le chemin

Que ma vision vient de créer.

Je vis au jour de demain,

Le présent ne m'a pas maîtrisé.

 

J'évite souvent le lierre,

Les trop de générosité,

Ils cachent souvent la pierre

Comme seule vérité.

 

Il me suffit de regarder le ciel

Pour entendre ses messagers.

L'imaginaire est bien réel

Quand on parvient à le fixer.

 

Je retourne vers ces terres

Qui jugent sans compromission.

J'ai peur de savoir qui je sers

Au bout de tant de mutations!

 

 

Iso Bastier

8/07/2000