mercredi 8 mars 2023

Sur terre



Sur terre

 

Je vais œuvrer sur Terre

Puisqu'on m'a prêté vie

Je vais goûter à l'air

Respirer des envies

 

Bouger sur la planète

Où l'on a vu le jour

Juste après les comètes

Ne filent que les amours

 

Je vais pleurer sur Terre

Et beaucoup rire aussi

J'excelle dans l'univers

Au bout de mon nombril

 

Dévorer la planète

Qu'on pensait pour toujours

Pleine, généreuse, honnête

Et fidèle en amour

 

Je vais bêcher la Terre

Qui aura consenti

À mes amers remèdes

Suis-je bien son ami ?

 

Je vais mentir sur Terre

Et puis apprendre aussi

L'émotion est une mer

Qui change souvent d'avis

 

M'allonger sur la planète

La peau passée au four

Des actions qu'on regrette

Semées aux carrefours

 

Je vais aimer la Terre

Qui m'aura vu grandir

Qui à jamais me sert

Du lever au soupir

 

 

Iso Bastier

8/03/23


À la tombe



À la tombe

 

La nuit se jette en plein jour

Dans l'écume du quotidien

Sa robe de velours

S'accroche dans les coins

 

Le jour se jette en pleine nuit

Dans le ressac des saisons

N'est de contraire que l'ennemi

N'est d'ennemi que le patron

 

L'écume encore à la bouche

Je flaire l'horizon sous-jacent

Jusque dans les endroits louches

Et les bars adjacents

 

Où l'espoir bat les masques

Où les masques tombent

C'est l'humain et ses frasques

Qui le mène à la tombe

 

 

Iso Bastier

8/03/23


 

Les papillons



Les papillons

 

Les papillons savent frissonner

Tels les flocons de l'hiver

Ils vibrent quand ils vont butiner

Ils font se rider l'air

 

Les papillons dans les doigts

Jouent au marionnettiste

Ils restent sans voix

Devant la vie d'artiste

 

Les papillons dans le ventre

Remontent jusqu'au gosier

Ils attendent que quelqu'un rentre

Dans leurs cœurs de rosiers

 

Les papillons dans les pieds

Font danser le voyageur

Lui qui jamais ne s'assied

Fait un drôle de valseur

 

Les papillons dans la nuit

S'éprennent de la lumière

Ils se collent à ce qui luit

De leurs vies éphémères

 

Les papillons dans ta voix

Sortent un à un de ta bouche

Tels d'étranges petits pois

Qui roulent quand on les touche

 

Les papillons dans ta tête

Frappent ta boîte crânienne

C'est un tambour à la fête

Du vent ils se souviennent

 

Les papillons aiment l'été

Ils s'y dorent au soleil

Après avoir tout pompé

Du cœur des fleurs vermeilles

 

Des papillons dans tes yeux

Maquillés pour l'occasion

S'envolent vers les cieux

En quête de floraison

 

 

Iso Bastier

8/03/23


 

Les contraires



Les contraires

 

Le paradoxe est roi

Rien n'est manichéen

Tout et son contraire se noient

Dans la mer du destin

 

Nous naviguons à vue

Dans les courants de fer

Évitant les imprévus

Si nombreux sur Terre

 

De vifs courants de sel

Faits d'ombres et de lumières

Sous le ciel étincellent

Car s'attirent les contraires

 

C'est dans la différence

Que la vie se contraste

Ce couple dans la danse

Ne reste pas toujours chaste

 

Ainsi que les aimants

Se rejoignent, s'ébouriffent

Âmes noires et cœurs blancs

Se perdent de rocs en rifs

 

Ils naviguent ensemble

Entre les flux d'eau et d'air

Où l'équilibre tremble

Fragile et éphémère

 

Divisés et ensemble

Ils fusionnent encore

Les contraires se ressemblent

Leurs instincts les dévorent

 

C'est en une révérence

Que l'autre vous embrasse

Qu'il sort de son absence

Que l'énergie se brasse

 

 

Iso Bastier

8/03/23


Nuit


Série : "Chao ab ordo" - Acrylique - Iso Bastier 


Nuit

 

Je bois la nuit

Mon intime liqueur

Réchauffe sous l'habit

Mon pauvre petit cœur

 

Je mange la nuit

Son croissant de lumière

Souvent me nourrit

Les ténèbres prospèrent

 

Je chie la nuit

Pour mieux laisser derrière

Les déchets, les ennuis

Car l'aube les digère

 

Je vois la nuit

Les rêves sont des lueurs

Si libres qu'on les envie

La vérité s'effleure

 

Les anges, la nuit

N'ont d'ombre que le mystère

Dans le noir ils sourient

Légers dans la matière

 

Je chéris la nuit

Elle est un peu ma mère

D'espoirs en rêveries

C'est elle que je préfère

 

 

Iso Bastier

8/03/23


 

L'horizon



L'horizon

 

L'horizon scintille encore

Le passé se dépoussière

Comme ces particules au vent

Qui brillent dans l'atmosphère

 

Mieux vaut regarder devant

Car les regrets sont amers

L'horizon même au couchant

Se joue bien de l'éphémère

 

L'air est si frais, si tenace

À sinuer contre mon corps

J'inspire. Il me fait grâce

De se mettre à souffler fort

 

L'horizon n'est pas loin

Juste au-delà du temps

Ligne tracée avec soin

Qui s'étend là devant

 

Quelque part sur la terre

Un espoir, un avenir,

Une entrée dans la lumière

De ce qui voudra venir

 

Il embrasse la mer

Se perd tard dans l'infini

Où il demeure un repère

Chemin qui jamais ne finit

 

Et parfois s'il s'égare

Cet horizon mystérieux

Il nous reste en mémoire

Avec un goût de merveilleux

 

 

Iso Bastier

8/03/23


 

Pépiements



Pépiements

 

Le pépiement des oiseaux

À l'heure où le jour fuit

Se dilate en un écho

Qui annonce la nuit

 

L'enchevêtrement des sons

S'avère enchanteur

Le ciel parcouru de frissons

A déjà moins peur

 

Alors la nuit s'impose

Si fière d'être aussi vaste

Qu'elle n'est jamais en pause

Car l'inertie est néfaste

 

À ce si bel oiseau

Dont les sombres voilures

Se versent ainsi que l'eau

Sur nos tristes toitures

 

Un bref instant de silence

Retient la respiration

De tous en même temps

La note bleue des nations

 

Quand le mal se presse

D'envahir nos enfants

La société régresse

Sortons les olifants

 

Quand la nuit vit le jour

L'horizon disparaît

L'espoir va faire un tour

Le noir devient de geai

 

Un corbeau sur sa main

Vient lui narrer l'avenir

Sur un ton de dédain

Comment y parvenir ?

 

Se raccrocher au jour

Pas celui du lever

Mais celui de toujours

Cet abcès à crever

 

Quand les oiseaux pépient

Aux rebords des fenêtres

C'est que l'aurore survit

Qu'elle veille sur les êtres

 

 

Iso Bastier 

08/03/23


mardi 7 mars 2023

Au passage des gens



Au passage des gens

  

J'entends le camion des poubelles

Qu'il pleuve ou qu'il vente

Sa sirène accidentelle

Quand il se remplit le ventre

 

Je sens le boulanger

Dès l'aube encore dormante

Son pétrin se mélanger

Pour vous remplir le ventre

 

La mélodie de la rue

Change de rythme souvent

Selon la couleur des nues

De l'aurore au couchant

 

Je vois filer Marlène

Dans les mailles de la nuit

Car les étoiles sont siennes

Comme ces galants de suie

 

Aux visages tout noirs

Qui vont la conquérir

Grâce au blé illusoire

Ils souhaitent la chérir

 

Les grands airs de la rue

Changent de ton souvent

Rarement se sont tus

Murmures et hurlements

 

Les merles encore frileux

Sifflent le lever du soleil

Signal pour les malheureux

Qui manquent de sommeil

 

Courent les gens du jour

Qui ont besoin de manger

Ils évitent les détours

N'aiment pas déranger

 

La chanson de la rue

A des refrains d'encens

Qui ont vite disparus

Au passage des gens

 

 

Iso Bastier

7/03/23


 

lundi 6 mars 2023

À deux

 



À deux

 

J'ai fini par t'aimer

Tu y as mis tant du tien

Victoire de la ténacité

Tu auras pris mon sein

 

D'une ou deux pulsations

Jusqu'à son battement

Trêve faite de la passion

Reste le vrai sentiment

 

Deux corps sur le chemin

D'un unique horizon

Qui se tiennent par la main

Afin de fuir leur prison

 

C'est une vie ensemble

Que nous parcourons

Quand deux âmes s'assemblent

Plus large est la vision

 

Quand le temps est amour

Il passe plus insouciant

Qu'importe les toujours

Il soigne le présent

 

 

Iso Bastier

6/03/23


vendredi 24 février 2023

Le vice est ma vertu



Le vice est ma vertu

 

Je me traîne telle une loque

Ornée de tristes breloques

On me traite d’Alien, de sinoc

On frappe à ma tête : toc toc !

 

Je suis à la ramasse

Coincé dans la ville basse

Un numéro dans la masse

Un déchet prêt pour la casse

 

Je n'existe plus

Tant le vice est ma vertu

 

Je m'enchaîne, je me troque

Je me déchaîne, je débloque

Planté seul dans mon froc

Dans mon horizon de blocs

 

Les deux pieds dans la crasse

Je ne trouve pas ma place

Dans ce monde dégueulasse

Où vite on vous remplace

 

Je n'existe plus

Tant le vice est ma vertu

 

Je sombre au fond du Loch

Comme en état de choc

Lesté par le poids des médocs

Je stagne sous les coques

 

J'en oublie ma carcasse

Bouffée par les angoisses

Pierre parmi la caillasse

Je roule dans la poisse

 

Je n'existe plus

Tant le vice est ma vertu

 

 

Iso Bastier

24/02/23


 

jeudi 2 février 2023

Tempus


Recycl'Art IsoLabo23 



Tempus

 

Le temps file

Les bonnes intentions passent

Sur l'instant tu es plus fébrile

Que lors de la mise en place

 

Le temps pile

Les gens passent et se ressemblent

Les yeux baissés dans la file

Ils avancent pourtant ensemble

 

Les temps s'enfilent

Telles ces anciennes robes

Qu'on oublie dans la pile

Des saisons qui les dérobent

 

Le temps empile

Des secondes déguisées en années

Qui rendent nos existences fragiles

Dans cette aventureuse réalité

 

Le temps est une île

Perdue dans l'immensité

Pour les naufragés en exil

Que la matière a envoûtés

 

Iso Bastier

2/02/23


vendredi 20 janvier 2023

La sirène

 


"La Sirène"- Mosaïque - Iso Bastier 


La sirène

 

Plus douce que l'obscurité

Au pays des ombres bleues

Je me noie dans la suavité

De ce que vivent les heureux

 

Je n'ai plus peur du noir

Ni de la crudité du jour

Après l'aube du désespoir

Au-delà de l'amour

 

Je nage en toute conscience

Bien loin de la surface

Dans la mer des absences

Auxquelles l'on fait face

 

J'ai trouvé le courage

De naviguer à perte de vue

Sans crainte du naufrage

Sans même une île à vue

 

Je frôle ces nobles créatures

Qui côtoient les abysses

Ces trous dans la nature

Où nos vérités se glissent

 

Mon âme flotte sans fin

Sans besoin de respirer

Au gré des courants marins

Dans le ressac des marées

 

Je voyage en moi-même

Dans l'univers que j'habite

Parcourue de reflets blêmes

Que les vagues agitent

 

Je chante l'aventure

Des profondeurs pérennes

Aux marins immatures

Qui traquent les sirènes

 

 

Iso Bastier

20/01/23



Le ciel

 


"Série" Chao ab Ordo" - Acrylique - Iso Bastier 


Le ciel

 

Quand le ciel est dans l'eau

Il est pris de frissons

Sous l'essor des crapauds

Son bleu fait irruption

 

Il ne pleure pas de larmes

Mais des gouttes de lumière

Pour ces arbres sans arme

Penchés vers la rivière

 

Oui, le ciel vient d'en haut

Il demeure inaccessible

Qu'importe l'élan du saut

La gravité est irascible

 

Mais nous volons pourtant

Nous côtoyons les nuages

Des stations au firmament

Font circuler nos rouages

 

Rien ne nous arrête

De zéro jusqu'à l'infini

Car le ciel vit dans nos têtes

Car du cosmos vient la vie

 

 

Iso Bastier

20/01/23


lundi 12 décembre 2022

Retour



Retour

 

Les jeunes pousses sont vertes

Dans la sombre canopée

L'avenir est une découverte

Pourtant inscrite dans le passé

 

Je rentrerai à la maison

Quitte à crever ce brouillard

Si dense de la déraison

Qui nous a livré au hasard

 

Les herbes tout juste coupées

Exhalent un air de fraîcheur

Elles ignorent les fleurs fanées

Dont le parfum change d'odeur

 

Je retrouverai le chemin

Qui me ramènera chez moi

Quitte à marcher sans fin

À errer durant des mois

 

La mer retourne au rivage

Quel que soit le sens du vent

Défiant la violence des orages

Rien ne stoppe son mouvement

 

Je chercherai sans relâche

Quelle sera la direction

Quitte à tailler à la hache

Ce qui fera obstruction

 

Le saumon à contre-courant

Sait remonter la rivière

Son instinct le pousse en avant

Il ne regarde pas en arrière

 

Je rentrerai à la maison

Et j'embrasserai ma mère

D'un long baiser sur son front

Fait de rides et de lumière

 

 

Iso Bastier

12/12/22


lundi 14 novembre 2022

Les vagues humaines



Les vagues humaines

 

Des vagues humaines

Déferlent volontaires

Sur ces plages où l'Eden

N'est peut-être pas la Terre

 

Elles font des ronds dans l'eau

Espérant en un passage

Vers un monde plus beau

Mais le ciel est à l'orage

 

Des lames de fond

Avalent au goutte-à-goutte

Ces âmes nues des tréfonds

Que boire la tasse dégoûte

 

Car la mer des voyageurs

N'a de l'iode qu'un goût amer

Trafic d'hommes mauvais nageurs

Dont le rêve confine à l'enfer

 

Les eaux montent encore

Or ces vagues insatiables

S'échouent, s'ancrent, dévorent

Les terres pourtant friables

 

 

Iso Bastier

14/11/22