samedi 11 juillet 1992
Démolition
dimanche 16 septembre 1990
Première sortie
Première sortie
C'est ma première sortie
Après cinq ans d'enfer.
Personne n'est venu ici,
Pas même ma mère.
Elle doit avoir honte de moi...
Je ne reconnais plus rien.
Les gens ne me regardent pas.
Où aller sans valise à la main,
Sans argent et sans adresse,
Sans famille, sans copain,
Sans même une maîtresse ?
Les voitures vite filent
Contre les murs bariolés.
Des femmes ordinaires défilent
Au milieu d'hommes pressés.
Trouver un travail, oui,
Pour ne pas replonger,
Voilà ce qu'on m'a dit
Lorsque j'ai pris congé.
Qui m'accordera crédit ?
Il fallait réfléchir avant,
Bien travailler à l'école,
Être un bon fils pour maman,
Sans punition ni heure de colle.
Oublier le départ de mon père,
Les coups, la faim, la fatalité,
Subir la triste guerre
Sans jamais y plonger.
Oublier que le chien est mort,
Ignorer la loi du quartier,
Naviguer loin du port,
Ou rêver du chantier
Quitte à vivre à genoux,
Quitte à n'avoir plus rien,
Car tout le monde s'en fout,
Mais ne pas jouer au malin.
Iso Bastier
Septembre 1990
mardi 10 juillet 1990
Médecine
Médecine
Comme du temps de Molière
Médecins et infirmières
N'ont pas beaucoup changé,
Ils vivent de nos misères.
Blouses blanches : danger !
Traqueurs de veines, de maux,
Ils nous piquent dans le dos,
Le système les exhorte
À ce que ça rapporte.
Il faut que l'on ait mal
Pour subir l'hôpital.
Sans douleur et sans peine
La science serait vaine.
On vous ouvre, vous recoud
Vous sauve où vous absout
Et vous payez pour ça,
Pour des singes savants
Aux diplômes de sang
Qui le matin ont le devoir
De vous registrer au soir.
Iso Bastier
Juillet 1990
mardi 12 juin 1990
La machine
La machine
Maman, débranche.
Je ne veux pas être un animal de science
Pour que des hommes en blouses blanches
Tordent mon corps dans tous les sens.
Maman, j'ai peur.
De cette machine qui respire
Et qui remplace mon cœur,
Je la sens qui me prend,
Qui m'aspire.
Maman, j'ai mal
De voir fuir la douleur qui me rassurait
Et dans cette position fœtale
D'effacer tout ce que j'étais.
Maman, les gouttes
Qui creusent la veine de mon bras
Parfois je les écoute,
Elles me disent tout bas
"Elle va venir".
Iso Bastier
Juin 1990
vendredi 16 mars 1990
Rêve mortel
Rêve mortel
Il est pâle, écroulé au coin de deux rues,
Les yeux cerclés d'une ombre sanguine,
Les jambes repliées, la main tendue,
Au creux du bras la poudre clandestine,
La blanche qui étoile sa tête bancale,
Neige qui s'éternise sur sa peau glacée.
Elle l'enlise dans son marais infernal
Où glissent les rebelles, plongent les désaxés,
Ceux qui ont peur des autres et d'eux-mêmes,
Des nuits trop courtes ou trop éclairées,
Ceux à qui on ne dit plus je t'aime,
Qui se chauffent au briquet et se font rêver
Se nourrissant de leur angoisse secrète,
De seringues rougies qui servent et que l'on jette
Pour un jour cesser de respirer.
Iso Bastier
Mars 1990
vendredi 9 mars 1990
Seul
Seul
J'ai peur d'être seul
Comme les animaux captifs
Qui n'ont plus de famille
Qui n'ont plus de patrie.
J'ai peur des linceuls
Des départs un peu vifs
Qui telles les chenilles
Se transforment et oublient.
J'ai peur d'être seul
Sans mère et sans ami
Sans joie et sans pays
Sans caresses ni peines
Seul et loin de la Seine.
Iso Bastier
Mars 1990
samedi 3 mars 1990
Vieillir
Vieillir
J'ai mal par-ci, j'ai mal par-là.
Dans trente ans qu'est-ce que ça sera ?
Je n'aurai peut-être plus rien,
Ni douleur, ni cerveau, ni main,
Les yeux collés sur un écran
Devenu plus noir que blanc.
Les enfants me regarderont
Comme l'ancêtre, le Panthéon,
Comme un vestige dépassé
Qui n'a plus lieu, bien trop ridé,
Comme une bible esquintée,
Un vieux témoin ressuscité,
Un peu trop sale, un peu moins bon.
Je ne serai plus il ou elle mais on.
Quitte à mourir de mon ennui
Autant vous dire : vieillir non merci.
Iso Bastier
Mars 1990
jeudi 2 novembre 1989
Par amour
Par amour
L'amour n'est pas une fois
En déchirant des pétales.
C'est un regard, une voix,
Un chemin fleuri de ronces fatales.
C'est un "Repose-toi ce soir".
C'est une larme sur l'oreiller.
C'est une main qui dans le noir
Sait toujours vous retrouver.
C'est parfois ne rien dire
Sans vraiment se taire.
C'est ne rien ressentir
Qu'un parfum dans l'air.
C'est se piquer le doigt
Sans que le sang y coule.
Rougir de haut en bas
Quand un regard vous moule.
C'est un contretemps
Dans la valse des mots.
Un rythme qui s'étend
En glissant dans les eaux.
Vivre la nuit, dormir le jour
Et croire que c'est l'amour.
Se tourner contre un mur
Pour y trouver une place.
Écouter les murmures
Se figer sur les faces.
Observer tous les autres
Pour savoir s'ils font mieux.
Se prendre pour l'apôtre
D'un siècle lumineux.
Aimer c'est un enfant
Pour toujours et toujours.
Aimer c'est un amant
Et c'est peut-être un jour...
C'est parfois partir
Avant de s'être rencontrés.
C’est savoir se mentir
Pour ne pas déserter.
C'est une guerre sans trêve
Au cœur lissé de balles,
Un armistice qui abrège
La danse du dernier bal.
C'est parfois arracher sa main
À celle qui la prend,
Pour se dire que demain
La liberté attend.
Iso Bastier
Novembre 1989
dimanche 8 octobre 1989
Trottoirs parisiens
Trottoirs parisiens
(Avis au lecteur :
déclaration lyrique)
Que sont agréables les trottoirs parisiens
Milieu des mollards et des crottes de chiens
Quand les pigeons du haut de leurs gouttières
Échappent des humeurs éclaboussant par terre
Tels les chewing-gums collants à la semelle
Font des fils nonchalants où s'accrochent les selles
Que de chaleureux fumets distinguent nos rues
Tandis que quelque ivrogne ne s'est pas retenu
Et que gisent dans le caniveau, inattendus,
La soupe parisienne et ces ventres tendus.
Iso Bastier
10/1989
vendredi 13 janvier 1989
Cancer
Cancer
Messager du déclin,
D'aujourd'hui c'est la fin.
Fouine du désespoir,
Des adieux sans au revoir.
Maître des souffrances,
Des vieillards, de l'enfance,
Qui creuse au plus profond
Dans toutes les directions.
Ouvreur de la mort
Qui malgré nos efforts
Nous plonge dans les larmes,
Sans relâche, sans armes.
Pourriture vivante
Qui se nourrit le ventre
De notre pauvre sang,
Des sourires insouciants.
Il faut paraître heureux
Pour soutenir les yeux
De ceux que l'on aime
Qui semblent si blêmes.
Maîtriser le silence
Quand les mots s'élancent,
Ne hurler qu'en dedans.
Jouer à vivre comme avant.
Enfin embrasser la mort,
Ange du dernier instant,
La prendre à bras-le-corps
Et oublier le temps.
Iso Bastier
Janvier 1989
dimanche 1 janvier 1989
L'acier
L'acier
C'est une ville noire
Construite tout en hauteur
On ne peut apercevoir
Ni le ciel, ni les heures
Tout semble s'être arrêté
Pour ne jamais reprendre
Plus de passage clouté
Que la foule va prendre
Rien si ce n'est des tours
Dont on ne voit pas le bout
Donc on ne fait pas le tour
Des tours qui recouvrent tout.
Il n'y a plus personne
Que fer, qu'acier, du métal
Plus rien ne résonne
Plus rien ne s'installe
Soudain quelque chose
Vient se cogner en haut
Dans cette ville close
A volé un oiseau
Il recherche un appui
Afin de s'y reposer
Mais les tours ont grandi
Il ne peut se poser
Il a volé encore
Jusqu'aux dernières forces
Recherchant le support
D'un mur ou d'une écorce.
Quand l'oiseau est tombé
De fatigue et d'ennui
Rien dans l'obscurité
N'a retrouvé la vie.
Iso Bastier
01 1989
dimanche 15 mai 1988
L'escargot
L'escargot
Que tous les enfants m'écoutent :
C'est l'histoire d'un escargot
Qui ne sort que quand il fait beau.
Il n'aime ni la pluie ni les gouttes.
Toute sa famille le grondait
Mais le pauvre ne comprenait.
Pourquoi sortir quand il mouille ?
Au sort : Pique Nique Douille...
Iso Bastier
Mai 1988
jeudi 5 mai 1988
L'histoire
L'histoire
Il pleut dans la ville
Paris est en larmes
Dans la rue, des civils
Menacent, oui, des armes.
L'histoire ne nous a rien appris
Aujourd'hui ressemble à hier
Demain n'aura pas plus compris
Le feu recouvre les prières.
Se succèdent les politiques.
Jamais ne s'arrête la terre,
Elle poursuit sa logique
En paix comme en guerre.
Des hommes perdent l'illusion
D'un monde qui pourra changer
Si différentes sont les visions
Telles des bombes vouées à exploser.
Iso Bastier
Mai 1988
jeudi 3 mars 1988
La mer
jeudi 25 février 1988
Les fleurs de votre vie vous enterrent
Les fleurs de votre vie vous enterrent
Ce n'est rien. Des mots, une poésie en l'air,
Comme l'arôme de la rosée sur la fleur,
Qu'en un baiser mes lèvres effleurent,
Des pétales de mots que le soleil éclaire.
La fleur fanera et le printemps de ma vie
S'éteindra avec elle. Ma douleur fatiguée
Des passions qui animent mon cœur percé,
Oubliera mon corps, mes peines et mes cris.
Les cheveux décoiffés, je m'assois sur mon lit.
Mon oreille alors surprend la fuite du temps,
Qui nous fait oublier, mourir en pardonnant.
Je finirai ainsi, allongée sur un lit.
Cette fleur qui avait couronnée mon âme
Repoussera de la terre sur mon ventre,
Un enfant la cueillera avant qu'il ne rentre
Chez lui ; son regard surprenant me désarme.
Iso Bastier
Février 1988
samedi 13 février 1988
Hommage à quelqu'un que j'aime
Hommage à quelqu'un que j'aime
Ce jour-là, il pleuvait
Dans mes yeux, sur mes plaies,
Du ciel sur la terre,
Pour toi que l'on enterre.
La mer m'a consolée.
Le soleil a rebrillé.
Mais moi j'ai toujours mal
Pour toi, mort à l'hôpital.
Il t'a fallu partir
Pour voir les tiens s'unir.
Depuis tu vis en nous,
Tu nous aimes malgré tout.
Aujourd'hui il fait beau
Et même s'il fait chaud,
Dans mon corps il fait froid,
Ce poème est pour toi.
Iso Bastier
Février 1988
mercredi 11 novembre 1987
L’ANIMAL
Il est là, froid, aux aguets,
Il sait d’instinct, reste quiet,
Un tout ; d’où souffle le vent ;
Observe les mouvements.
De lui, n’aie nulle crainte,
La nuit, entends sa plainte,
Il connaît sa justice,
Respecte l’armistice.
Et si tu as vraiment peur,
Sache que c’est une erreur,
Car il est un grand sage,
Ne commet les ravages
Que l’homme lui attribue,
Il en est le seul abus.
Il est calme, reposé
Sa fatigue abandonnée.
Superbe, beau, gracieux,
Son intelligence aux yeux.
Il sait mourir tout doux.
Comme je voudrais,
Si le destin l’autorisait,
Partir, oui…. à pas de loup…
Novembre 1987
Iso Bastier
lundi 9 novembre 1987
Justice injuste
Justice injuste
Quelle injustice en ce monde !
Ou bien quelle justice immonde.
Le malheur de préférence
Joue avec l'indifférence.
Devant tous ces imbéciles
Je préfère baisser les cils.
Ces tueurs d'illusions
Visent mes rêves, mes inventions.
Ils déracinent l'arbre
De sa terre pour le marbre.
Assassins de la bonté,
De la quiétude et de la pureté.
Lorsque les yeux sont clos
Que les gens tournent le dos,
Cultivez donc votre espoir
Avec de l'eau dans l'arrosoir.
Iso Bastier
11 1987
lundi 5 octobre 1987
Malheurs conjugaux
Malheurs conjugaux
Tout homme a sa maîtresse,
Chaque maîtresse son homme.
Si cela vous étonne,
Je vous tendrai ma fesse !
Messieurs ne gâchons point,
Notre vie est si brève,
Avant qu’elle ne s’achève,
Nous brimer avec soin !
Et pour vous gente dame,
Si vous trompez sa femme,
Ô ! Comprenez son ennui,
Puisque lui la trompe aussi !
Ces malheurs conjugaux,
Me font rire très haut !
Quand depuis son placard,
L’amant n’est pas gaillard !
Alors le pauvre déçu
Par la femme, un jour finit,
Dans un bois et travesti,
Par jouer l’ange déchu !
Le mari reconverti,
En mini l’était aussi !
Et la pauvre Madame
N’était plus que des larmes.
Iso Bastier
10 1987
mercredi 2 septembre 1987
Hommage à quelqu'un que j'aime
Hommage à quelqu'un que j'aime
(Raoul Bastier)
Assis dans ton fauteuil tu es là petit père
Tu me vois et palpitent tes yeux de verre
Tu restes Las, paisible attendant ta mort
La tête dans les mains, fatigué, tu t'endors
Je voudrais te rendre un hommage pour la vie
Je demeure un instant à tuer ton ennui
Pour une heure tu oublieras ta solitude
Sans un mot tu comprendras mes attitudes
Les instants immortels s'effacent, s'oublient
Mais gravé dans mon cœur je te vois qui survis
"Vivre si longtemps pour enterrer ses enfants ! "
M'as-tu dit un jour. Encore te traînent les ans...
Qu'il est dur de te voir sans cesse décliner !
Malheureusement nous y sommes condamnés
Moi et les autres te suivrons sur ton chemin
Or tu es là alors ne pensons pas à demain
Iso Bastier
09 1987




