samedi 11 juillet 1992

Démolition


"Le guetteur"- [40X50] - Acrylique - Iso Bastier 



Démolition

La lampe noire
Fait un cercle froid
Sur le sol.
Deux fauteuils, une armoire,
Des meubles en bois,
Des verres à alcool,
Quelques plantes,
Un tapis égyptien,
Un radiateur.
Collections surprenantes,
Étrange papier peint,
Drôle d'odeur.
Il se réveille
Les cheveux en bataille,
Étonné.
Rien est pareil.
Tête d'épouvantail
Consterné.
Encore une nuit passée
Il ne sait où
Ni comment.
Mobilier insolite,
Masque Papou
Et fumée d'encens.
Il déambule un peu
Au hasard des pièces :
Personne.
Une cheminée sans feu,
Une tache de Xérès.
On sonne...
Il va pour ouvrir,
Le loquet est fermé.
Il cherche
Un trousseau, une clé,
Il ne trouve pas.
Dehors on s'évertue...
La sonnerie crie !
L'angoisse le mord
Puis le silence.
On s'éloigne...
Il hurle !
On ne l'entend pas.
Il court à la fenêtre
Qui semble condamnée,
S'arrache les doigts
Aux crochets des volets.
En vain.
Il se calme,
Glisse un œil vers une fente :
Un terrain vague.
Il se retourne,
L'appartement est vide,
Plus un meuble
Qu'une pancarte clouée :
"Démolition".


Iso Bastier
11/07/1992





dimanche 16 septembre 1990

Première sortie


"Série Photo Pixel" - Iso Bastier 



Première sortie

 

C'est ma première sortie

Après cinq ans d'enfer.

Personne n'est venu ici,

Pas même ma mère.

Elle doit avoir honte de moi...

Je ne reconnais plus rien.

Les gens ne me regardent pas.

Où aller sans valise à la main,

Sans argent et sans adresse,

Sans famille, sans copain,

Sans même une maîtresse ?

Les voitures vite filent

Contre les murs bariolés.

Des femmes ordinaires défilent

Au milieu d'hommes pressés.

Trouver un travail, oui,

Pour ne pas replonger,

Voilà ce qu'on m'a dit

Lorsque j'ai pris congé.

Qui m'accordera crédit ?

Il fallait réfléchir avant,

Bien travailler à l'école,

Être un bon fils pour maman,

Sans punition ni heure de colle.

Oublier le départ de mon père,

Les coups, la faim, la fatalité,

Subir la triste guerre

Sans jamais y plonger.

Oublier que le chien est mort,

Ignorer la loi du quartier,

Naviguer loin du port,

Ou rêver du chantier

Quitte à vivre à genoux,

Quitte à n'avoir plus rien,

Car tout le monde s'en fout,

Mais ne pas jouer au malin.

 

 

 

Iso Bastier

Septembre 1990

 

mardi 10 juillet 1990

Médecine

 


"Pharmacie"- Encres - Iso Bastier 


Médecine

 

Comme du temps de Molière

Médecins et infirmières

N'ont pas beaucoup changé,

Ils vivent de nos misères.

Blouses blanches : danger !

Traqueurs de veines, de maux,

Ils nous piquent dans le dos,

Le système les exhorte

À ce que ça rapporte.

Il faut que l'on ait mal

Pour subir l'hôpital.

Sans douleur et sans peine

La science serait vaine.

On vous ouvre, vous recoud

Vous sauve où vous absout

Et vous payez pour ça,

Pour des singes savants

Aux diplômes de sang

Qui le matin ont le devoir

De vous registrer au soir.

 

 

 

Iso Bastier

Juillet 1990


mardi 12 juin 1990

La machine



La machine

 

Maman, débranche.

Je ne veux pas être un animal de science

Pour que des hommes en blouses blanches

Tordent mon corps dans tous les sens.

Maman, j'ai peur.

De cette machine qui respire

Et qui remplace mon cœur,

Je la sens qui me prend,

Qui m'aspire.

Maman, j'ai mal

De voir fuir la douleur qui me rassurait

Et dans cette position fœtale

D'effacer tout ce que j'étais.

Maman, les gouttes

Qui creusent la veine de mon bras

Parfois je les écoute,

Elles me disent tout bas

"Elle va venir".

 

 

Iso Bastier

Juin 1990

 

vendredi 16 mars 1990

Rêve mortel


 "Série Photo Pixel"- Iso Bastier


Rêve mortel

 

Il est pâle, écroulé au coin de deux rues,

Les yeux cerclés d'une ombre sanguine,

Les jambes repliées, la main tendue,

Au creux du bras la poudre clandestine,

La blanche qui étoile sa tête bancale,

Neige qui s'éternise sur sa peau glacée.

Elle l'enlise dans son marais infernal

Où glissent les rebelles, plongent les désaxés,

Ceux qui ont peur des autres et d'eux-mêmes,

Des nuits trop courtes ou trop éclairées,

Ceux à qui on ne dit plus je t'aime,

Qui se chauffent au briquet et se font rêver 

Se nourrissant de leur angoisse secrète,

De seringues rougies qui servent et que l'on jette

Pour un jour cesser de respirer.

 

 

Iso Bastier

Mars 1990

vendredi 9 mars 1990

Seul


"Le painturluré"- Iso Bastier 



 

Seul

 

J'ai peur d'être seul

Comme les animaux captifs

Qui n'ont plus de famille

Qui n'ont plus de patrie.

J'ai peur des linceuls

Des départs un peu vifs

Qui telles les chenilles

Se transforment et oublient.

J'ai peur d'être seul

Sans mère et sans ami

Sans joie et sans pays

Sans caresses ni peines

Seul et loin de la Seine.

 

 

Iso Bastier

Mars 1990

samedi 3 mars 1990

Vieillir




Vieillir


J'ai mal par-ci, j'ai mal par-là.

Dans trente ans qu'est-ce que ça sera ?

Je n'aurai peut-être plus rien,

Ni douleur, ni cerveau, ni main,

Les yeux collés sur un écran

Devenu plus noir que blanc.

Les enfants me regarderont

Comme l'ancêtre, le Panthéon,

Comme un vestige dépassé

Qui n'a plus lieu, bien trop ridé,

Comme une bible esquintée,

Un vieux témoin ressuscité,

Un peu trop sale, un peu moins bon.

Je ne serai plus il ou elle mais on.

Quitte à mourir de mon ennui

Autant vous dire : vieillir non merci.



Iso Bastier

Mars 1990

jeudi 2 novembre 1989

Par amour


"Aimer" - Iso Bastier 



Par amour

 

L'amour n'est pas une fois

En déchirant des pétales.

C'est un regard, une voix,

Un chemin fleuri de ronces fatales.

C'est un "Repose-toi ce soir".

C'est une larme sur l'oreiller.

C'est une main qui dans le noir

Sait toujours vous retrouver.

C'est parfois ne rien dire

Sans vraiment se taire.

C'est ne rien ressentir

Qu'un parfum dans l'air.

C'est se piquer le doigt

Sans que le sang y coule.

Rougir de haut en bas

Quand un regard vous moule.

C'est un contretemps

Dans la valse des mots.

Un rythme qui s'étend

En glissant dans les eaux.

Vivre la nuit, dormir le jour

Et croire que c'est l'amour.

Se tourner contre un mur

Pour y trouver une place.

Écouter les murmures

Se figer sur les faces.

Observer tous les autres

Pour savoir s'ils font mieux.

Se prendre pour l'apôtre

D'un siècle lumineux.

Aimer c'est un enfant

Pour toujours et toujours.

Aimer c'est un amant

Et c'est peut-être un jour...

C'est parfois partir

Avant de s'être rencontrés.

C’est savoir se mentir

Pour ne pas déserter.

C'est une guerre sans trêve

Au cœur lissé de balles,

Un armistice qui abrège

La danse du dernier bal.

C'est parfois arracher sa main

À celle qui la prend,

Pour se dire que demain

La liberté attend.

 

 

Iso Bastier

Novembre 1989


dimanche 8 octobre 1989

Trottoirs parisiens



Trottoirs parisiens

 

(Avis au lecteur :  déclaration lyrique)

 

Que sont agréables les trottoirs parisiens

Milieu des mollards et des crottes de chiens

Quand les pigeons du haut de leurs gouttières

Échappent des humeurs éclaboussant par terre

Tels les chewing-gums collants à la semelle

Font des fils nonchalants où s'accrochent les selles

Que de chaleureux fumets distinguent nos rues

Tandis que quelque ivrogne ne s'est pas retenu

Et que gisent dans le caniveau, inattendus,

La soupe parisienne et ces ventres tendus.

 

 

Iso Bastier

10/1989


vendredi 13 janvier 1989

Cancer


 "Chao ab ordo"- Acrylique - Iso Bastier


Cancer

 

Messager du déclin,

D'aujourd'hui c'est la fin.

Fouine du désespoir,

Des adieux sans au revoir.

Maître des souffrances,

Des vieillards, de l'enfance,

Qui creuse au plus profond

Dans toutes les directions.

Ouvreur de la mort

Qui malgré nos efforts

Nous plonge dans les larmes,

Sans relâche, sans armes.

Pourriture vivante

Qui se nourrit le ventre

De notre pauvre sang,

Des sourires insouciants.

Il faut paraître heureux

Pour soutenir les yeux

De ceux que l'on aime

Qui semblent si blêmes.

Maîtriser le silence

Quand les mots s'élancent,

Ne hurler qu'en dedans.

Jouer à vivre comme avant.

Enfin embrasser la mort,

Ange du dernier instant,

La prendre à bras-le-corps

Et oublier le temps.

 

 

Iso Bastier

Janvier 1989

dimanche 1 janvier 1989

L'acier

 


"Hirondelle" - Huile - [30 X 40] - Iso Bastier

L'acier

 

C'est une ville noire

Construite tout en hauteur

On ne peut apercevoir

Ni le ciel, ni les heures

Tout semble s'être arrêté

Pour ne jamais reprendre

Plus de passage clouté

Que la foule va prendre

Rien si ce n'est des tours

Dont on ne voit pas le bout

Donc on ne fait pas le tour

Des tours qui recouvrent tout.

Il n'y a plus personne

Que fer, qu'acier, du métal

Plus rien ne résonne

Plus rien ne s'installe

Soudain quelque chose

Vient se cogner en haut

Dans cette ville close

A volé un oiseau

Il recherche un appui

Afin de s'y reposer

Mais les tours ont grandi

Il ne peut se poser

Il a volé encore

Jusqu'aux dernières forces

Recherchant le support

D'un mur ou d'une écorce.

Quand l'oiseau est tombé

De fatigue et d'ennui

Rien dans l'obscurité

N'a retrouvé la vie.

 

 

Iso Bastier

01 1989

dimanche 15 mai 1988

L'escargot




L'escargot

 

Que tous les enfants m'écoutent :

C'est l'histoire d'un escargot

Qui ne sort que quand il fait beau.

Il n'aime ni la pluie ni les gouttes.

Toute sa famille le grondait

Mais le pauvre ne comprenait.

Pourquoi sortir quand il mouille ?

Au sort : Pique Nique Douille...



Iso Bastier 

Mai 1988

jeudi 5 mai 1988

L'histoire


 "Idôle 3" - Acrylique - Iso Bastier


L'histoire

 

Il pleut dans la ville

Paris est en larmes

Dans la rue, des civils

Menacent, oui, des armes.

 

L'histoire ne nous a rien appris

Aujourd'hui ressemble à hier

Demain n'aura pas plus compris

Le feu recouvre les prières.

 

Se succèdent les politiques.

Jamais ne s'arrête la terre,

Elle poursuit sa logique

En paix comme en guerre.

 

Des hommes perdent l'illusion

D'un monde qui pourra changer

Si différentes sont les visions

Telles des bombes vouées à exploser.

 

 

Iso Bastier

Mai 1988

jeudi 3 mars 1988

La mer


Série "Chao ab Ordo" - Acrylique - Iso Bastier 


La mer


Traîtresse, tu n'agis qu'avec hypocrisie 
Mais j'admire tes rondeurs et tes fantaisies
Et lorsque tu m'enlaces de tes bras salins,
Mes cheveux dans le vent, je fuis avec dédain.

Tes caresses infinies me brûlent la peau.
Mes yeux sont aveuglés car troubles sont tes eaux.
Ainsi j'étouffe sous les langoureux baisers
Ta bouche obscure ou pâle, salée.

Tu me prends par la taille, me mènes au loin
Dans des lieux interdits, sans l'ombre d'un voisin,
Que des bancs de poissons multicolores
S'ouvrant telle une fleur venant d'éclore.

Toujours plus vivace, toujours plus excitée,
Avide et vorace, tu sais apprécier
La douceur du soleil qui éveille la plage,
Les couleurs et le vent dans un coquillage.


Iso Bastier
03 1988

jeudi 25 février 1988

Les fleurs de votre vie vous enterrent

 


"Bouquet crépusculaire"- Technique  mixte - Iso Bastier



Les fleurs de votre vie vous enterrent

 

 

Ce n'est rien. Des mots, une poésie en l'air,

Comme l'arôme de la rosée sur la fleur,

Qu'en un baiser mes lèvres effleurent,

Des pétales de mots que le soleil éclaire.

 

La fleur fanera et le printemps de ma vie

S'éteindra avec elle. Ma douleur fatiguée

Des passions qui animent mon cœur percé,

Oubliera mon corps, mes peines et mes cris.

 

Les cheveux décoiffés, je m'assois sur mon lit.

Mon oreille alors surprend la fuite du temps,

Qui nous fait oublier, mourir en pardonnant.

Je finirai ainsi, allongée sur un lit.

 

Cette fleur qui avait couronnée mon âme

Repoussera de la terre sur mon ventre,

Un enfant la cueillera avant qu'il ne rentre

Chez lui ; son regard surprenant me désarme.

 

 

Iso Bastier

Février 1988

samedi 13 février 1988

Hommage à quelqu'un que j'aime


 "Propaganda" - Collage et Pastels gras - Iso Bastier



Hommage à quelqu'un que j'aime

 

Ce jour-là, il pleuvait

Dans mes yeux, sur mes plaies,

Du ciel sur la terre,

Pour toi que l'on enterre.

 

La mer m'a consolée.

Le soleil a rebrillé.

Mais moi j'ai toujours mal

Pour toi, mort à l'hôpital.

 

Il t'a fallu partir

Pour voir les tiens s'unir.

Depuis tu vis en nous,

Tu nous aimes malgré tout.

 

Aujourd'hui il fait beau

Et même s'il fait chaud,

Dans mon corps il fait froid,

Ce poème est pour toi.

 

 

Iso Bastier

Février 1988

mercredi 11 novembre 1987

L’ANIMAL



L’ANIMAL


Il est là, froid, aux aguets,
Il sait d’instinct, reste quiet,
Un tout ; d’où souffle le vent ;
Observe les mouvements.
De lui, n’aie nulle crainte,
La nuit, entends sa plainte,
Il connaît sa justice,
Respecte l’armistice.
Et si tu as vraiment peur,
Sache que c’est une erreur,
Car il est un grand sage,
Ne commet les ravages
Que l’homme lui attribue,
Il en est le seul abus.
Il est calme, reposé
Sa fatigue abandonnée.
Superbe, beau, gracieux,
Son intelligence aux yeux.

Il sait mourir tout doux.

Comme je voudrais,
Si le destin l’autorisait,

Partir, oui…. à pas de loup…



Novembre 1987
Iso Bastier

lundi 9 novembre 1987

Justice injuste



Justice injuste

 

Quelle injustice en ce monde !

Ou bien quelle justice immonde.

Le malheur de préférence

Joue avec l'indifférence.

 

Devant tous ces imbéciles

Je préfère baisser les cils.

Ces tueurs d'illusions

Visent mes rêves, mes inventions.

 

Ils déracinent l'arbre

De sa terre pour le marbre.

Assassins de la bonté,

De la quiétude et de la pureté.

 

Lorsque les yeux sont clos

Que les gens tournent le dos,

Cultivez donc votre espoir

Avec de l'eau dans l'arrosoir.

 

 

Iso Bastier

11 1987




 

lundi 5 octobre 1987

Malheurs conjugaux

 


"Protection" - Huile - [46 X 33] - Iso Bastier


Malheurs conjugaux

 

Tout homme a sa maîtresse,

Chaque maîtresse son homme.

Si cela vous étonne,

Je vous tendrai ma fesse !

 

Messieurs ne gâchons point,

Notre vie est si brève,

Avant qu’elle ne s’achève,

Nous brimer avec soin !

 

Et pour vous gente dame,

Si vous trompez sa femme,

Ô ! Comprenez son ennui,

Puisque lui la trompe aussi !

 

Ces malheurs conjugaux,

Me font rire très haut !

Quand depuis son placard,

L’amant n’est pas gaillard !

 

Alors le pauvre déçu

Par la femme, un jour finit,

Dans un bois et travesti,

Par jouer l’ange déchu !

 

Le mari reconverti,

En mini l’était aussi !

Et la pauvre Madame

N’était plus que des larmes.

 

 

Iso Bastier

10 1987

 

 

mercredi 2 septembre 1987

Hommage à quelqu'un que j'aime


"Les Tuileries"- Iso Bastier 


Hommage à quelqu'un que j'aime

(Raoul Bastier)


Assis dans ton fauteuil tu es là petit père

Tu me vois et palpitent tes yeux de verre

Tu restes Las, paisible attendant ta mort

La tête dans les mains, fatigué, tu t'endors


Je voudrais te rendre un hommage pour la vie

Je demeure un instant à tuer ton ennui

Pour une heure tu oublieras ta solitude

Sans un mot tu comprendras mes attitudes


Les instants immortels s'effacent, s'oublient

Mais gravé dans mon cœur je te vois qui survis

"Vivre si longtemps pour enterrer ses enfants ! " 

M'as-tu dit un jour. Encore te traînent les ans... 


Qu'il est dur de te voir sans cesse décliner ! 

Malheureusement nous y sommes condamnés

Moi et les autres te suivrons sur ton chemin

Or tu es là alors ne pensons pas à demain



Iso Bastier 

09 1987