samedi 6 août 1994

Vieil homme



"Vieil homme"- Acrylique - Iso Bastier


Vieil homme

 

Vieil homme sais-tu

Que je suis comme tu es ?

Bien sûr j'ai moins vécu

Mais déjà tant de regrets.

Je te vois à mon âge

Je me devine au tien

Entre nos bavardages

Rien ne me retient.

Tu as le sens du juste

Et cette étrange sévérité

Tu parles peu, tu parles juste

Lorsque je viens t'écouter.

Un jour ton visage ému

Un jour ton visage entier

M'a touchée et retenue

Depuis toutes ces années.

Tu ne sembles plus bouger

Tu restes toujours le même

Tu sais me réconforter

En me disant "je t'aime"

Tu vogues au gré du temps

Qui ne prend pas sa décision

Tu t'en moques soi-disant

Tu préfères la dérision.

Je caresse ta couronne

De cheveux aléatoires

Plus rien ne t'impressionne

L'avenir reste à voir.

Vieil homme sais-tu

Que je suis comme tu es ?

Jamais tu ne m'as déçue

Quoi qu'on ne dise pas jamais.

De toi j'ai tant appris

Sans m'en apercevoir

L'isolement de la vie

Les sentiments et l'illusoire.

Tu conseilles mon ego.

Je t'offre mes prières

Sans y croire de trop.

Mon aide familière.

Il n'est pas une nuit

Où je ne pense à toi

Sans te couvrir de merci

Sans te bercer de ma voix.

 

 

Iso Bastier

6/08/1994



jeudi 4 août 1994

Emmène-moi



Emmène-moi

 

Emmène-moi voir la mer

Au bout de tes étangs

J'ai l'art et la manière

Lorsque le corps s'étend

 

Emmène-moi voir tes terres

Pour les fouler du doigt

Tour du propriétaire

Qui fait valoir ses droits

 

Apprends-moi, apprends-toi

Un peu à voyager

Dans le creux de mes bras

Visiter tes vergers

 

Emmène-moi voir les dunes

De tes déserts féconds

Aux lumières de la lune

Voir tes secrets profonds

 

Emmène-moi où tu vas

Seule dans tes pensées

Lorsque tu n'oses pas

T'y faire accompagner

 

Apprends-moi, apprends-toi

Un peu à voyager

Dans le feu et la joie

Le jeu et la clarté

 

Emmène-moi sur ton corps

Voler un peu du ciel

Ces nuits puis ces aurores

Auront un goût de miel

 

Emmène-moi contre toi

Ces moments éphémères

Chaque fois moi j'y crois

C'est toujours la première

 

Apprends-moi, apprends-toi

Un peu à voyager

Pour oublier les lois

Qui empêchent de rêver

 

 

Iso Bastier

4/08/1994


jeudi 28 juillet 1994

Pas très bien


 "Mauvaise nouvelle" - Pastels gras - Iso Bastier


Pas très bien

 

Tu ne te sens pas très bien

Depuis un long moment

Pourquoi ? Tu n'en sais rien

Tu l'avais en naissant

Ce malaise particulier

Qui te dévoile l'enfer

T'emprisonne dans le passé

Empoisonne jusqu'à l'air

Que tu essaies de respirer,

Vicié, vicieux, viscères.

Tes journées ne sont

Faites que de silence

De douloureuses réflexions

De troubles réminiscences.

Tu voudrais quelqu'un

À qui déballer ta présence

Qui comprendrait tout un chacun

Mais tout le monde s'en balance.

Tu ne te sens pas très bien

Depuis un long moment

Alors tu ronges le frein

De cet état omniprésent

Avec une réelle certitude

Que la vie n'est pas autrement

Qu'un manège fou de solitude

Où chaque jour est un tourment.

 

 

Iso Bastier

28/07/1994

mardi 19 juillet 1994

Se refaire


"Particules" - Collage - Iso Bastier 



 

Se refaire

 

Ne plus voir personne

Laisser le téléphone

À ses occupations

Et à ses délations

 

Se refaire une santé

En faisant un grand vide

Pour se laisser aller

À ne plus être aride

 

Oublier les visages

Changer d'habitudes

Ne voir que les mirages

Dans ce désert si rude

 

Prendre tout le temps

Remonter à la surface

Le tout en respirant

Un coup pile, un coup face

 

Aimer la solitude

Dans la sérénité

N'être ni pâle, ni prude

Face à la sévérité

 

Savoir tirer un trait

Pour à l'instant propice

Se mettre en retrait

Sans regret ni malice

 

Se remettre en question

Ne plus rien affirmer

Se remettre en raison

Sans trop s'interroger

 

Ne plus voir personne

Laisser le téléphone

Commencer à se taire

Pour pouvoir se refaire

 

Iso Bastier

19/07/1994

lundi 27 juin 1994

Corps aérien


  "Butor étoilé"- [30X40] - Huile - Iso Bastier



Corps aérien

 

Homme au corps aérien

Aux pensées volatiles

Qui se jette du haut d'un rien

Pour voir si voler c'est facile

 

Homme pourtant terrien

La pesanteur de tes envols

Me donne du chagrin

Ne me fait pas école

 

Faux homme-oiseau

Picore tout sur son chemin

Est-ce que tu connais le saut

Programmant tous les destins ?

 

Homme au corps nu et sain

Aux pensées en haute altitude

Cœur qui bat, tu bats des mains

Pour défier les habitudes

 

Là-haut est-il plus beau ?

L'indépendance est faite d'air

Moi j'ai toujours préféré l'eau

Le ciel change trop de lumière

 

Se sent-on plus libre

À voir d'un peu plus haut ?

Si tu trouves l'équilibre

Je te suivrai de mon bateau

 

 

Iso Bastier

27/06/1994

samedi 11 juillet 1992

Démolition


"Le guetteur"- [40X50] - Acrylique - Iso Bastier 



Démolition

La lampe noire
Fait un cercle froid
Sur le sol.
Deux fauteuils, une armoire,
Des meubles en bois,
Des verres à alcool,
Quelques plantes,
Un tapis égyptien,
Un radiateur.
Collections surprenantes,
Étrange papier peint,
Drôle d'odeur.
Il se réveille
Les cheveux en bataille,
Étonné.
Rien est pareil.
Tête d'épouvantail
Consterné.
Encore une nuit passée
Il ne sait où
Ni comment.
Mobilier insolite,
Masque Papou
Et fumée d'encens.
Il déambule un peu
Au hasard des pièces :
Personne.
Une cheminée sans feu,
Une tache de Xérès.
On sonne...
Il va pour ouvrir,
Le loquet est fermé.
Il cherche
Un trousseau, une clé,
Il ne trouve pas.
Dehors on s'évertue...
La sonnerie crie !
L'angoisse le mord
Puis le silence.
On s'éloigne...
Il hurle !
On ne l'entend pas.
Il court à la fenêtre
Qui semble condamnée,
S'arrache les doigts
Aux crochets des volets.
En vain.
Il se calme,
Glisse un œil vers une fente :
Un terrain vague.
Il se retourne,
L'appartement est vide,
Plus un meuble
Qu'une pancarte clouée :
"Démolition".


Iso Bastier
11/07/1992





dimanche 16 septembre 1990

Première sortie


"Série Photo Pixel" - Iso Bastier 



Première sortie

 

C'est ma première sortie

Après cinq ans d'enfer.

Personne n'est venu ici,

Pas même ma mère.

Elle doit avoir honte de moi...

Je ne reconnais plus rien.

Les gens ne me regardent pas.

Où aller sans valise à la main,

Sans argent et sans adresse,

Sans famille, sans copain,

Sans même une maîtresse ?

Les voitures vite filent

Contre les murs bariolés.

Des femmes ordinaires défilent

Au milieu d'hommes pressés.

Trouver un travail, oui,

Pour ne pas replonger,

Voilà ce qu'on m'a dit

Lorsque j'ai pris congé.

Qui m'accordera crédit ?

Il fallait réfléchir avant,

Bien travailler à l'école,

Être un bon fils pour maman,

Sans punition ni heure de colle.

Oublier le départ de mon père,

Les coups, la faim, la fatalité,

Subir la triste guerre

Sans jamais y plonger.

Oublier que le chien est mort,

Ignorer la loi du quartier,

Naviguer loin du port,

Ou rêver du chantier

Quitte à vivre à genoux,

Quitte à n'avoir plus rien,

Car tout le monde s'en fout,

Mais ne pas jouer au malin.

 

 

 

Iso Bastier

Septembre 1990

 

mardi 10 juillet 1990

Médecine

 


"Pharmacie"- Encres - Iso Bastier 


Médecine

 

Comme du temps de Molière

Médecins et infirmières

N'ont pas beaucoup changé,

Ils vivent de nos misères.

Blouses blanches : danger !

Traqueurs de veines, de maux,

Ils nous piquent dans le dos,

Le système les exhorte

À ce que ça rapporte.

Il faut que l'on ait mal

Pour subir l'hôpital.

Sans douleur et sans peine

La science serait vaine.

On vous ouvre, vous recoud

Vous sauve où vous absout

Et vous payez pour ça,

Pour des singes savants

Aux diplômes de sang

Qui le matin ont le devoir

De vous registrer au soir.

 

 

 

Iso Bastier

Juillet 1990


mardi 12 juin 1990

La machine



La machine

 

Maman, débranche.

Je ne veux pas être un animal de science

Pour que des hommes en blouses blanches

Tordent mon corps dans tous les sens.

Maman, j'ai peur.

De cette machine qui respire

Et qui remplace mon cœur,

Je la sens qui me prend,

Qui m'aspire.

Maman, j'ai mal

De voir fuir la douleur qui me rassurait

Et dans cette position fœtale

D'effacer tout ce que j'étais.

Maman, les gouttes

Qui creusent la veine de mon bras

Parfois je les écoute,

Elles me disent tout bas

"Elle va venir".

 

 

Iso Bastier

Juin 1990

 

vendredi 16 mars 1990

Rêve mortel


 "Série Photo Pixel"- Iso Bastier


Rêve mortel

 

Il est pâle, écroulé au coin de deux rues,

Les yeux cerclés d'une ombre sanguine,

Les jambes repliées, la main tendue,

Au creux du bras la poudre clandestine,

La blanche qui étoile sa tête bancale,

Neige qui s'éternise sur sa peau glacée.

Elle l'enlise dans son marais infernal

Où glissent les rebelles, plongent les désaxés,

Ceux qui ont peur des autres et d'eux-mêmes,

Des nuits trop courtes ou trop éclairées,

Ceux à qui on ne dit plus je t'aime,

Qui se chauffent au briquet et se font rêver 

Se nourrissant de leur angoisse secrète,

De seringues rougies qui servent et que l'on jette

Pour un jour cesser de respirer.

 

 

Iso Bastier

Mars 1990

vendredi 9 mars 1990

Seul


"Le painturluré"- Iso Bastier 



 

Seul

 

J'ai peur d'être seul

Comme les animaux captifs

Qui n'ont plus de famille

Qui n'ont plus de patrie.

J'ai peur des linceuls

Des départs un peu vifs

Qui telles les chenilles

Se transforment et oublient.

J'ai peur d'être seul

Sans mère et sans ami

Sans joie et sans pays

Sans caresses ni peines

Seul et loin de la Seine.

 

 

Iso Bastier

Mars 1990

samedi 3 mars 1990

Vieillir




Vieillir


J'ai mal par-ci, j'ai mal par-là.

Dans trente ans qu'est-ce que ça sera ?

Je n'aurai peut-être plus rien,

Ni douleur, ni cerveau, ni main,

Les yeux collés sur un écran

Devenu plus noir que blanc.

Les enfants me regarderont

Comme l'ancêtre, le Panthéon,

Comme un vestige dépassé

Qui n'a plus lieu, bien trop ridé,

Comme une bible esquintée,

Un vieux témoin ressuscité,

Un peu trop sale, un peu moins bon.

Je ne serai plus il ou elle mais on.

Quitte à mourir de mon ennui

Autant vous dire : vieillir non merci.



Iso Bastier

Mars 1990

jeudi 2 novembre 1989

Par amour


"Aimer" - Iso Bastier 



Par amour

 

L'amour n'est pas une fois

En déchirant des pétales.

C'est un regard, une voix,

Un chemin fleuri de ronces fatales.

C'est un "Repose-toi ce soir".

C'est une larme sur l'oreiller.

C'est une main qui dans le noir

Sait toujours vous retrouver.

C'est parfois ne rien dire

Sans vraiment se taire.

C'est ne rien ressentir

Qu'un parfum dans l'air.

C'est se piquer le doigt

Sans que le sang y coule.

Rougir de haut en bas

Quand un regard vous moule.

C'est un contretemps

Dans la valse des mots.

Un rythme qui s'étend

En glissant dans les eaux.

Vivre la nuit, dormir le jour

Et croire que c'est l'amour.

Se tourner contre un mur

Pour y trouver une place.

Écouter les murmures

Se figer sur les faces.

Observer tous les autres

Pour savoir s'ils font mieux.

Se prendre pour l'apôtre

D'un siècle lumineux.

Aimer c'est un enfant

Pour toujours et toujours.

Aimer c'est un amant

Et c'est peut-être un jour...

C'est parfois partir

Avant de s'être rencontrés.

C’est savoir se mentir

Pour ne pas déserter.

C'est une guerre sans trêve

Au cœur lissé de balles,

Un armistice qui abrège

La danse du dernier bal.

C'est parfois arracher sa main

À celle qui la prend,

Pour se dire que demain

La liberté attend.

 

 

Iso Bastier

Novembre 1989


dimanche 8 octobre 1989

Trottoirs parisiens



Trottoirs parisiens

 

(Avis au lecteur :  déclaration lyrique)

 

Que sont agréables les trottoirs parisiens

Milieu des mollards et des crottes de chiens

Quand les pigeons du haut de leurs gouttières

Échappent des humeurs éclaboussant par terre

Tels les chewing-gums collants à la semelle

Font des fils nonchalants où s'accrochent les selles

Que de chaleureux fumets distinguent nos rues

Tandis que quelque ivrogne ne s'est pas retenu

Et que gisent dans le caniveau, inattendus,

La soupe parisienne et ces ventres tendus.

 

 

Iso Bastier

10/1989


vendredi 13 janvier 1989

Cancer


 "Chao ab ordo"- Acrylique - Iso Bastier


Cancer

 

Messager du déclin,

D'aujourd'hui c'est la fin.

Fouine du désespoir,

Des adieux sans au revoir.

Maître des souffrances,

Des vieillards, de l'enfance,

Qui creuse au plus profond

Dans toutes les directions.

Ouvreur de la mort

Qui malgré nos efforts

Nous plonge dans les larmes,

Sans relâche, sans armes.

Pourriture vivante

Qui se nourrit le ventre

De notre pauvre sang,

Des sourires insouciants.

Il faut paraître heureux

Pour soutenir les yeux

De ceux que l'on aime

Qui semblent si blêmes.

Maîtriser le silence

Quand les mots s'élancent,

Ne hurler qu'en dedans.

Jouer à vivre comme avant.

Enfin embrasser la mort,

Ange du dernier instant,

La prendre à bras-le-corps

Et oublier le temps.

 

 

Iso Bastier

Janvier 1989

dimanche 1 janvier 1989

L'acier

 


"Hirondelle" - Huile - [30 X 40] - Iso Bastier

L'acier

 

C'est une ville noire

Construite tout en hauteur

On ne peut apercevoir

Ni le ciel, ni les heures

Tout semble s'être arrêté

Pour ne jamais reprendre

Plus de passage clouté

Que la foule va prendre

Rien si ce n'est des tours

Dont on ne voit pas le bout

Donc on ne fait pas le tour

Des tours qui recouvrent tout.

Il n'y a plus personne

Que fer, qu'acier, métal

Plus rien ne résonne

Plus rien ne s'installe

Soudain quelque chose

Vient se cogner en haut

Dans cette ville close

A volé un oiseau

Il recherche un appui

Afin de s'y reposer

Mais les tours ont grandi

Il ne peut se poser

Il a volé encore

Jusqu'aux dernières forces

Recherchant le support

D'un mur ou d'une écorce.

Quand l'oiseau est tombé

De fatigue et d'ennui

Rien dans l'obscurité

N'a retrouvé la vie.

 

 

Iso Bastier

01 1989

dimanche 15 mai 1988

L'escargot




L'escargot

 

Que tous les enfants m'écoutent :

C'est l'histoire d'un escargot

Qui ne sort que quand il fait beau.

Il n'aime ni la pluie ni les gouttes.

Toute sa famille le grondait

Mais le pauvre ne comprenait.

Pourquoi sortir quand il mouille ?

Au sort : Pique Nique Douille...



Iso Bastier 

Mai 1988