jeudi 2 novembre 1989

Par amour


"Aimer" - Iso Bastier 



Par amour

 

L'amour n'est pas une fois

En déchirant des pétales.

C'est un regard, une voix,

Un chemin fleuri de ronces fatales.

C'est un "Repose-toi ce soir".

C'est une larme sur l'oreiller.

C'est une main qui dans le noir

Sait toujours vous retrouver.

C'est parfois ne rien dire

Sans vraiment se taire.

C'est ne rien ressentir

Qu'un parfum dans l'air.

C'est se piquer le doigt

Sans que le sang y coule.

Rougir de haut en bas

Quand un regard vous moule.

C'est un contretemps

Dans la valse des mots.

Un rythme qui s'étend

En glissant dans les eaux.

Vivre la nuit, dormir le jour

Et croire que c'est l'amour.

Se tourner contre un mur

Pour y trouver une place.

Écouter les murmures

Se figer sur les faces.

Observer tous les autres

Pour savoir s'ils font mieux.

Se prendre pour l'apôtre

D'un siècle lumineux.

Aimer c'est un enfant

Pour toujours et toujours.

Aimer c'est un amant

Et c'est peut-être un jour...

C'est parfois partir

Avant de s'être rencontrés.

C’est savoir se mentir

Pour ne pas déserter.

C'est une guerre sans trêve

Au cœur lissé de balles,

Un armistice qui abrège

La danse du dernier bal.

C'est parfois arracher sa main

À celle qui la prend,

Pour se dire que demain

La liberté attend.

 

 

Iso Bastier

Novembre 1989


dimanche 8 octobre 1989

Trottoirs parisiens



Trottoirs parisiens

 

(Avis au lecteur :  déclaration lyrique)

 

Que sont agréables les trottoirs parisiens

Milieu des mollards et des crottes de chiens

Quand les pigeons du haut de leurs gouttières

Échappent des humeurs éclaboussant par terre

Tels les chewing-gums collants à la semelle

Font des fils nonchalants où s'accrochent les selles

Que de chaleureux fumets distinguent nos rues

Tandis que quelque ivrogne ne s'est pas retenu

Et que gisent dans le caniveau, inattendus,

La soupe parisienne et ces ventres tendus.

 

 

Iso Bastier

10/1989


vendredi 13 janvier 1989

Cancer


 "Chao ab ordo"- Acrylique - Iso Bastier


Cancer

 

Messager du déclin,

D'aujourd'hui c'est la fin.

Fouine du désespoir,

Des adieux sans au revoir.

Maître des souffrances,

Des vieillards, de l'enfance,

Qui creuse au plus profond

Dans toutes les directions.

Ouvreur de la mort

Qui malgré nos efforts

Nous plonge dans les larmes,

Sans relâche, sans armes.

Pourriture vivante

Qui se nourrit le ventre

De notre pauvre sang,

Des sourires insouciants.

Il faut paraître heureux

Pour soutenir les yeux

De ceux que l'on aime

Qui semblent si blêmes.

Maîtriser le silence

Quand les mots s'élancent,

Ne hurler qu'en dedans.

Jouer à vivre comme avant.

Enfin embrasser la mort,

Ange du dernier instant,

La prendre à bras-le-corps

Et oublier le temps.

 

 

Iso Bastier

Janvier 1989

dimanche 1 janvier 1989

L'acier

 


"Hirondelle" - Huile - [30 X 40] - Iso Bastier

L'acier

 

C'est une ville noire

Construite tout en hauteur

On ne peut apercevoir

Ni le ciel, ni les heures

Tout semble s'être arrêté

Pour ne jamais reprendre

Plus de passage clouté

Que la foule va prendre

Rien si ce n'est des tours

Dont on ne voit pas le bout

Donc on ne fait pas le tour

Des tours qui recouvrent tout.

Il n'y a plus personne

Que fer, qu'acier, du métal

Plus rien ne résonne

Plus rien ne s'installe

Soudain quelque chose

Vient se cogner en haut

Dans cette ville close

A volé un oiseau

Il recherche un appui

Afin de s'y reposer

Mais les tours ont grandi

Il ne peut se poser

Il a volé encore

Jusqu'aux dernières forces

Recherchant le support

D'un mur ou d'une écorce.

Quand l'oiseau est tombé

De fatigue et d'ennui

Rien dans l'obscurité

N'a retrouvé la vie.

 

 

Iso Bastier

01 1989