mercredi 25 janvier 1995

LE CIEL NOIR





     LE CIEL NOIR   (Darling VII)


Il a plu dans ses yeux
De gros nuages sombres
Qui venaient de très loin

De ces jours plus heureux
Dont on compte le nombre
En y pensant c’était bien

La pluie venait des toits
Pour claquer sa fenêtre
Et faire venir la nuit

Darling a un peu froid
Elle commence à renaître
Mais il y a tout ce bruit

Était-ce ce bel orage
Qui grondait dans sa tête
Ou le flot des regrets

Des saveurs, des images
Que sa mémoire arrête
Souvenirs en reflets

C’est une saison humide
Faite d’un ciel sourd et bas
Qui se penche sur nous

Un ciel noir et liquide
Qui ouvre grand les bras
Sur la ville trop floue

Il avait un visage
Qui vieillissait sans cesse
Et qui se reculait

Darling, quel est son âge ?
Celui de la sagesse
Ou celui des méfaits ?

Je le connais aussi
Mais j’ai mis trop longtemps
À pouvoir le comprendre

Voir même lorsqu’il sourit
Ce qu’il a de méchant
Ce qu’il voudrait nous vendre

Il a plu dans mes yeux
Ce qui venait des tiens
De tes nuits sans sommeil

Lui n’est pas malheureux
Il n’y a qu’à lui qu’il tient
Plus rien ne l’émerveille

Comment te parlait-il ?
Et quels étaient ses mots ?
Montrait-il sa tendresse ?

Était-il plus fragile
Lorsqu’il touchait ta peau ?
Savait-il les caresses ?

Il est parti d’un coup
Et je n’ai plus que toi
Pour parler au silence

Moi, je t’aime beaucoup
Je l’aurais dit une fois
Sans remords, sans méfiance

Viendras-tu le chercher
Lorsqu’il s’endormira
La tête dans la terre ?

Il l’a tant espéré
En te parlant tout bas
Loin de ton cimetière

La pluie viendra je sais
Du plus profond de moi
Pour couler dans vos mains

Le vent sera trop frais
Pour que je n'aie pas froid
Malgré mes lendemains

Alors je parlerai
Aux secrets qui défilent
Au rythme des saisons

Et je me souviendrai
Des instants difficiles
Des pertes de raison

Aussi d’une promesse
Qu’il m’aurait faite un jour
Comme en tirant au sort

« Toi tu as la jeunesse
Moi je n’ai plus d’amour
Notre lien, c’est la mort »

Darling, j’ai pris ton nom
Lorsqu’il me l’a offert
Comme un bijou précieux

Je te demande pardon
D’avoir été en guerre
Oui, c’était prétentieux

Tu peux dormir tranquille
Pour la première fois
Je viendrai te bercer

Que tes songes s’éparpillent
Et viennent couvrir les toits
Comme pour nous protéger


Iso Bastier
25/01/95

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